Chapitre 001
Je m’interroge…
sur ce qui, chez Louis, appartient vraiment à ses treize ans.
Louis donne son âge et, presque dans le même mouvement, le rend incertain. Il connaît la peur dans son corps, mais il ordonne déjà le monde à l’aide de lois, de mots rares et de phrases héritées.
Cette maturité le protège-t-elle, ou l’éloigne-t-elle de ce qu’il éprouve ? Les mots l’aident à comprendre. Ils peuvent aussi tenir le désordre à distance, comme si le nommer suffisait un instant à lui résister.
Face à Lucas, pourtant, la pensée ne fait pas disparaître le corps : la gorge se serre, le cœur accélère. À l’instant où la violence paraît devoir décider de la scène, Louis introduit autre chose entre son agresseur et lui : un livre.
Le geste surprend. Mais l’objet intrigue tout autant. Un livre n’est peut-être pas interchangeable pour un garçon qui dit se nourrir des paroles et des écrits des autres.
Le geste pose une question sur Louis ; l’objet en contient peut-être une autre.
Pourquoi un livre ? Et pourquoi celui-là ?
Que pouvons-nous voir dans ce geste : une défense, une provocation, une tentative de dialogue — ou quelque chose qui ne se laisse pas encore nommer ?